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C'est injuste. Jacques Chirac, à qui on a reproché des mois durant d'être transparent (la France ne l'intéressait plus, seule la politique planétaire était à son échelle), voici qu'on se plaint qu'il ne l'est plus à l'occasion de son problème de santé. La vacance du pouvoir, c'est une expression dont on n'a pas eu besoin qu'il soit à l'hôpital pour l'appliquer à l'actuel président de la République. Au demeurant, quand il va aux cabinets ou qu'il est dans son lit (quoi qu'il y fasse), il est également hors de situation d'appuyer sur le bouton de la bombe atomique sans que ça fasse une histoire à chaque fois. Et il semble que dans ce cas précis il n'avait pas perdu ses esprits puisqu'il a eu le réflexe de dire «N'avertissez pas Sarkozy» avant de se confier aux médecins. Il y a d'ailleurs une bonne nouvelle à tirer de cet incident, c'est que le ministre de l'Intérieur n'est pas si bien informé que ça. Big Brother, ça n'a pas l'air pour demain. D'autant qu'on soupçonne que le président de la République fait l'objet d'une surveillance plus poussée que le moindre des citoyens. Bravo, les agents de Nicolas Sarkozy. Ses adversaires ont maintenant un surnom tout trouvé pour le président de l'UMP : Small Brother.
Cet incident oculo-vasculaire, on aurait pu se douter qu'il finirait par frapper l'ancien maire de Paris, à force de bouffer à l'oeil. Le pire, pour Nicolas Sarkozy, serait que l'actuel président meure en fonction : il ne serait pas le mieux placé pour profiter de l'émotion. Le ministre de l'Intérieur voit enfin les défauts du libéralisme. Voilà ce qui arrive, à reculer l'âge de la retraite. Parlons-en, du modèle social français. A 72 ans, tout le monde devrait avoir droit au repos, surtout en mauvaise santé. C'est comme si Jacques Chirac était tellement solide au poste qu'il n'y avait que la maladie pour le déloger de l'Elysée. Il ne faudrait pas que l'âge du Président devienne un secret médical ni Jacques Chirac notre Jean Paul II. Qui, de Nicolas Sarkozy ou Dominique de Villepin, serait alors notre Ratzinger ? Le départ de Jacques Chirac provoquerait en tout cas des changements. Qui embrassera les vaches s'il est mis au régime ? Sarkozy et Villepin n'ont pas le look. Remarquons en outre que la glasnost sanitaire n'apporte pas toutes les réponses. On a tous les bulletins de santé de George W. Bush et on ne sait quand même pas ce qu'il a.
«On a besoin de vous en pleine forme», a vicieusement dit Nicolas Sarkozy du président de la République. On imagine Jacques Chirac, sur son lit d'hôpital, demander à Bernadette en tendant l'oreille : «Qu'est-ce qu'il a dit ?» Mais le ministre de l'Intérieur s'est trouvé un nouvel adversaire en Dominique de Villepin qui l'a fait tourner en bourrique tout le week-end. Le problème de Nicolas Sarkozy, c'est qu'il n'est pas crédible en Chateaubriand, alors que Dominique de Villepin l'est tout à fait en Machiavel, Tayllerand et Fouché réunis. Le ministre de l'Intérieur est tellement dans la surenchère que le Premier ministre, qui en fait pourtant également des tonnes pour plaire au Medef, apparaît comme une sorte de «Sarkozy social». A force de recevoir des coups, Sarkozy aussi va finir au Val-de-Grâce, ça va ruer dans les brancards là-bas. Sa seule chance, maintenant, c'est que Jacques Chirac prenne Dominique de Villepin en grippe à force de le voir présider le Conseil des ministres à sa place et se tenir devant lui dans les sondages et que, enfin, il ait pitié de ce pauvre monsieur Sarkozy.
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