Sida et immigration : la fin d’une hypocrisie

La part des immigrés dans la population infectée par le virus du sida ne cesse de croîte. Comment adapter les politiques de prévention dans un cadre qui touche aussi au statut social et légal de l’étranger en France ?
Comment vit-on aujourd’hui avec le VIH en France ? Publiée début novembre, l’enquête Vespa, menée pour l’Agence national de recherche contre le sida, permet de saisir une photographie de la population séropositive. Elle confirme une fréquence persistante de la transmission du virus au sein de la population homosexuelle et une forte décroissance des contaminations chez les usagers de drogue. En revanche, la part des immigrés dans la population infectée ne cesse de croîte : aujourd’hui, 18% des personnes atteintes sont étrangères, alors que les immigrés ne représentent que 6% de la population générale.

« Cette hausse est due à l’arrivée de migrants récents, explique France Lert, l’une des auteurs de l’enquête. Ces personnes sont diagnostiquées rapidement après leur arrivée, mais elles n’ont pas migré à des fins thérapeutiques. Certaines, bien sûr, viennent se faire soigner parce qu’elles savent que les traitements sont plus accessibles. Mais l’extrême majorité est en France pour des motifs économiques ou politiques. » Plus d’un immigré atteint sur deux est né en Afrique subsaharienne, dans des « pays où le taux de prévalence du VIH est très élevé ».

Pour Reda Sadki, président du Comité Maghreb-Afrique des familles pour survivre au sida, « ces chiffres confirment les constats faits sur le terrain. Mais la thèse des pathologies d’importation récente comme facteur principal est tendancieuse. En 1996, il y avait déjà 14% d’étrangers parmi la population infectée. Cette situation est avant tout le résultat du laissez-faire des pouvoirs publics vis-à-vis des populations défavorisées depuis le début de l’épidémie en France ». Déjà, dans les années 90, Reda Sadki avait fondé le collectif Migrants contre le sida pour dénoncer les hypocrisies de la lutte officielle contre le sida. « Dans les cités, des gens mouraient du sida. On le savait, mais il n’y a jamais eu de mobilisation comme pour la communauté homosexuelle ou les toxicomanes. »

En 1987, la loi Barzach autorise la distribution de seringues propres aux toxicomanes et démontre que les instances sanitaires peuvent prendre, quand elles le veulent, le problème à bras-le-corps.

« Mais concernant les populations étrangères, la santé publique a entretenu un message ambigu, par hantise de la stigmatisation, au nom du respect des cultures et des religions. On a ainsi assisté à des campagnes de prévention, dans des mosquées, financés par le ministère de la Santé et encadrées par de grandes associations de lutte contre le sida, où l’usage du préservatif n’était jamais évoqué ! »

Président d’Act Up, Jérôme Martin reconnaît que les pouvoirs publics comme les associations ont tardé à prendre en compte ce groupe de séropositifs très précaires. « Il aura fallu attendre 2001 pour qu’un ministre de la Santé évoque publiquement le problème. Pour Reda Sadki, « Bernard Kouchner s’est empressé d’avancer une explication dangereuse et fausse : difficile d’enrayer l’épidémie au sein de populations qui refusent de la regarder en face. Il faut absolument lutter contre cette idée largement admise. Le déni communautaire n’est pas une légende, mais il ne doit pas servir d’excuse au déni des pouvoirs publics ! »

Reste une grande inconnue : la part d’étrangers parmi les gens qui meurent du sida en France chaque année. « C’est un chiffre que l’Institut de veille sanitaire ne veut pas nous communiquer », déplore Reda Sadki, un chiffre qui pose concrètement la question de l’accès au soin et aux trithérapies. Il y a dix jours, Act Up débarquait dans un hôpital de Montreuil : « Dans cet établissement, un gynécologue refusait de soigner une femme immigrée, dans une situation très précaire, sous le prétexte qu’elle coûtait trop cher à la société. Cette femme développait un cancer de l’utérus en lien avec son sida. » Depuis que le gouvernement remet en cause l’accès à l’Aide médicale d’État, les médecins subissent davantage de pressions des caisses de Sécurité sociale : « L’implication éthique de la plupart des cliniciens du sida est indéniable, reconnaît Jérôme Martin. Mais il leur est plus difficile de se battre dans un pays qui préfère mener une politique sécuritaire de contrôle des flux d’immigration plutôt que de prendre en charge tous les malades du sida d’où qu’ils viennent. »

Dernière question : comment se transmet le VIH au sein de ces populations migrants ? « On peut espérer, explique France Lert, que le taux de transmission soit plus bas en France que dans le pays d’origine, grâce à l’information, à l’accès au dépistage et aux préservatifs. Mais on peut aussi redouter que, dans un contexte de politique d’immigration extrêmement restrictive, dans un contexte d’emploi très difficile et de précarité très grande, l’attention à la prévention se relâche. »

D’où la nécessité de campagnes ciblées et décomplexées. Dans ce domaine, les progrès sont extrêmement timides. Il y a bien eu l’été dernier cette série de spots télévisés, dont certains étaient ouvertement aux immigrés : « Les femmes préfèrent les hommes qui se protègent ».

« Ce message était très sexiste, regrette Jérôme Martin, et consacrait l’idée d’une femme dépendante. » Selon France Lert, « il faut sortir des idées préconçues et fonder nos politiques de prévention sur une vision moins stigmatisante ou idéologique de la population immigrée. »

Plus de prévention, plus de visibilité. « Il faut rétablir une égalité des droits dans la lutte contre le sida, conclut Jérôme Martin. La question de la reconnaissance des immigrés comme groupe fortement touché par le VIH pose un problème évidemment bien plus large : celui du statut social et légal de l’étranger en France. »

Offres de séjour en thalasso

Des dizaines de centres de thalasso et des séjours tout au long de l'année.

thalasso-thermale.com

Sanitaire Social Enseignement Actualités Liens Partenaires regime